Le Kerala en 10 petits jours

 

Vous le savez tous maintenant, le voyage au pas de course, ce n’est pas pour moi. Mais une fois n’est pas coutume et compte tenu de notre retour imminent à Karuna Farm, ce sera avec une date de début et une date de fin que s’organisera notre périple dans le Kerala. Après tout il est peut-être bon de se rappeler de temps à autre cette notion de temporalité, qui ne se rapporte plus uniquement au désir, à l’envie, et à la soif de découverte ou de paresse mais aussi aux heures et au calendrier.

 

Pour commencer, Cochin, et pour premier objectif – je ne vous en avais pas encore parlé – achat d’un petit van Omni. L’idée initiée par Alex a germée et lui comme moi sommes maintenant au climax de notre enthousiasme. Mais avant de nous mettre sérieusement au travail, une après midi photo accompagnée des deux compères, Marty et Alex, et expérience encore plus excitante, ce sera pour moi la première journée en Lunghi, jupe locale portée par les hommes. L’atmosphère est bonne, les gens chaleureux, et dans le Fort Cochin, ancien comptoir portugais fameux pour ces filets chinois (chinese net), un nombre impressionnant de galeries d’art donne à la ville un charme particulier. Le jour 2 nous amènera dans la partie vraiment indienne de la ville ; à la recherche d’un van, ou à défaut d’informations. Cette balade en zone purement locale nous offrira aussi la découverte du plus grand centre commercial keralais, Lulu Mall ! Whaouah… Il est très amusant de voir les indiens venir ici pour leur balade hebdomadaire, mensuelle ou d’une vie, se prendre en photo au quatre coins de ce bloc de béton luxueux.

 

Puis ce sera le tour d’Allepey, célèbre pour ses backwaters. La première impression n’est pas des meilleures, une nouvelle ville indienne, sale, bruyante, et plus encore, touristique. A notre plus grand bonheur nous atterrissons finalement dans un havre de paix, une guesthouse dans laquelle l’impression d’être passée dans une nouvelle dimension de nature, de calme et de propreté contraste largement avec Allepey, avec l’Inde. Nous nous faisons rapidement recommander un restaurant : Exceptionnel ! (après maintenant près de 4 mois passé en Inde, c’est toujours le numéro 1 pour moi). Le lendemain nous partons à la découverte des backwaters, immense réseau de canaux qui couvre une grande partie du Kerala et qui était utilisé – et l’est toujours mais dans une moindre mesure – comme voie fluviale pour le transport des hommes et des marchandises. La balade commence tôt et le pêcheur qui nous offre ses services pour la visite nous amène tout d’abord prendre le petit déjeuner, préparé par sa femme dans sa petite maison, pieds dans l’eau. C’est à bord de son petit canot que nous arpenterons ces canaux faisant de 3 à 100m de large. C’est beau, en effet, très beau beau même. Mais encore une fois le tourisme s’y est installé, et il y a longtemps déjà. Quand les locaux, qui continuent de vivre comme ils l’ont toujours fait, lavant le linge dans ces backwaters, s’y brossant les dents et taillant le bois sur le rivage en lunghi ou en sari nous voient arriver avec nos « Hellos! » et nos appareils photos, leur réaction est le plus souvent une impassibilité totale et déconcertante, restant nous fixer le temps de notre passage, avec un regard las et fatigué de voir encore et toujours les touristes visiter le zoo. Bien que le lieu soit absolument somptueux, si c’était à refaire, je crois que je choisirrais de laisser ces personnes en paix.

 

Le voyage en Inde n’a jamais été aussi rapide et le lendemain déjà, c’est l’heure du départ. Cap au sud. Nous prenons les backwaters sur un gros bateau cette fois-ci, et passons devant l’ashram d’Ama, la « huging-mama ». Je n’ai pas la moindre expérience ni de l’ashram, ni de cette incroyable femme mais je me permets tout de même de la mentionner ici. En effet, d’après plusieurs sources – de confiance – Ama serait la détentrice d’une énergie incroyable, unique, puissante, apportant des réponses aux questions enfouies au fond de soi-même par un simple regard. Je ne m’étendrais pas plus car je ne l’ai pas rencontré moi-même…. mais la puissance de sa présence a l’air absolument unique. Si cela vous paraît un peu mystique, ça l’ai aussi pour moi mais je reste persuadé qu’il y a là-bas, des choses extrêmement intéressantes à découvrir, et sans doute sur soi-même en premier lieu. Je disais donc cap au sud, et c’est à Varkala que nous arrivons, alors que la nuit est déjà tombé. Varkala… Un complexe de bâtiments sur le bord d’une falaise, une station balnéaire pour vieux (et moins vieux) russes et anglais, après cette atmosphère « back-packers » qui me suis depuis mon arrivée en Inde, c’est un choc. Marty ne cessera de répéter à intervalles réguliers durant toute la première soirée, en regardant à droite, à gauche, en bas : « Hum.. I’m confused… I’m confused ! ». Et je crois que cet réaction résume assez bien notre état d’esprit ce premier soir. Finalement nous rencontrons par hasard le jour suivant, Merl, Brandon et Ezra – que nous avions « perdu » quelques semaines plus tôt – sur la plage. Le temps des retrouvailles a sonné, la soirée est lancée pour le plus grand plaisir de chacun d’entre nous. Après un certain moment et déjà un peu éméché, nous décidons de suivre la musique, comme toujours ! Nous arrivons dans le village où une répétition d’une danse de Shiva ouverte au public se tient, fantastique. Au retour nous suivons la musique une nouvelle fois et c’est ainsi que nous nous rendons dans un bar bondé, que tout le monde est en train de quitter.

Alors que nous sommes en train de discuter avec une bande d’anglais, un indien, saoul comme un polonais, s’approche vers une des filles de leur groupe et lui met une main aux fesses, avant de revenir quelques instants plus tard pour lui coller une claque en pleine figure. Ses amis arrivent, le ceinture, les anglaises partent et nous restons derrière s’assurant que l’incident est clos. Alors que nous sommes déjà 100 mètres plus loin, raccompagnant tout le monde à la maison, ce même indien, seul, arrive vers nous en courant, agressif, seul contre six. Rapidement les choses dégénèrent et quand ses compères arrivent, la bagarre générale est lancée. Après quelques minutes nous finissons par nous en extirper, et trouvons refuge dans une guesthouse, où les anglaises se sont également cachées. Rapidement les indiens, saouls et enragés reviennent à la charge, franchissent le mur, nous chassant dans la propriété et nous lançant des briques et des bouteilles en verre. Nous apprendrons le lendemain que trois d’entre eux ont terminé à l’hôpital. La combinaison femmes, alcool et cheap indiens ne fait pas bon ménage. J’ai horreur des médias qui d’un coup d’un seul font apparaître les viols en Inde comme une véritable menace, mais je dois bien avouer que cette fois-ci (et ce n’était pas la première que je remarquais des comportements d’indiens dépassant les limites du raisonnables dans ce genre de circonstances), l’avertissement est donné à juste titre. Je ne veux pas dramatiser la chose mais je le répète, le cocktail, indiens, femmes occidentales et alcool ne dit rien de bien qui vaille.

 

Sur ces entre faits (et bien que proche de l’acquisition d’un van), nous quittons la station balnéaire aussi vite que possible pour Trivendrum, capitale du Kerala. Si je ne devais mentionner qu’un événement ce serait ce petit détail, mais qui pour une raison que je ne saurais vraiment expliquer, montre le genre de petites choses troublantes, intéressantes, relevant de la coïncidence (peut-être?), qui nous arrive en permanence durant ces 10 jours dans le Kerala. Nous étions parti à la recherche d’un van le matin, dans une ville à proximité de Trivendrum. Durant la journée je me rends compte que j’ai perdu le petit cache du viseur de mon appareil photo. Il était un peu abîmé et ne tenait plus très bien, ainsi soit-il. En revenant dans la capitale keralaise et alors que je réajuste mon Lunghi au milieu de la route (oui, je me balade toujours en Lunghi), un rapide regard vers le sol me fait découvrir la pièce manquante, au milieu des détritus qui jonchent le pavé. Elle est encore plus abîmée mais s’ajuste maintenant parfaitement dans l’encoche prévue à cette effet. N’est-ce pas fantastique ?

 

Le dernier jour de ce périple nous amène à la pointe sud de l’Inde, Kaniakumari, l’un de ces points uniques d’où l’on peut apprécier un lever et un coucher de soleil. Pas spécialement enthousiaste à l’idée de se rendre dans un endroit encore très touristique mais si près du but, il serait bête de ne pas y jeter un œil. Le soleil disparaît finalement et nous apercevons un petit village, à quelques pas seulement du sunset point. J’imagine déjà une réaction des locaux similaires à celle des backwaters, des individus fatigués des hordes de touristes venant voir. Il n’en est rien. Les locaux ici semblent ne jamais avoir vu de touristes et nous invitent à prendre des photos, à venir partager un chai chez eux et nous finissons finalement, à partager un repas de mariage (en mode cantine). Agréable surprise qui une fois encore nous prouve qu’en Inde, « Everything is possible ! ».

 

Après une nuit dans le train nous atteignons Madurai, ville agréable où Marty et moi-même ne passerons que quelques heures, et dirons au revoir, pour un temps, à Alex, mon excellent et fidèle compagnon de voyage indien. Le temps est venu de retourner à Karuna Farm, pour la construction de cet earthship. Une nouvelle expérience, enrichissante et inspirante démarre alors.