Le Sud Birman, avec mon pouce et mon appareil

 

Dernière étape en Birmanie, le Sud. C’est après un nouveau séjour de 4 jours à Yangon que je monte dans un train de nuit, direction Mawlamyine (Moulmein) qui fut la première capitale britannique de 1826 à 1852. Il reste encore des vestiges de cette période mais rien de bien convaincant à mon goût, cependant c’est la mer qui pénètre au travers des îles séparant le continent de la mer d’Andaman qui donne à la quatrième ville birmane tout son charme. Une journée et une nuit à Mawlamyine me suffiront et je me lance dans un petit périple en stop. Avant de quitter Mawlamyine je check mes emails et un certain Christophe Loviny, photographe documentaire français et créateur du Yangon Photo Festival vient de répondre à me demande de joindre un workshop de photographie documentaire se tenant à Dawei la semaine suivante. Cet atelier est réservé aux Birmans mais il m’indique que je suis le bienvenu pour les assister, lui et Nicolas Havette. Qu’à cela ne tienne, je serai au rendez-vous.

Depuis le début de mon voyage en Birmanie je m’étais senti frustré. Frustré de n’avoir pas pu, pas réussi à m’écarter des zones touristiques et de fait de n’avoir finalement rien vécu du Myanmar. Voir Bagan, voir le lac Inle, voir les villages minoritaires dans les montagnes de l’état de Shan n’étaient pas inintéressant mais le contact avec la population (toutefois sympathique) n’avait rien de véritablement sincère et authentique et ce n’est pas pour cela que je voyage. Je pars donc de ma guest house à pied et trouve rapidement un taxi (qui comprend ce que je veux faire) et me dépose gratuitement quelques centaines de mètres plus loin, à un bon endroit pour trouver des voitures qui  vont au sud. Rapidement deux jeunes birmans au travail s’arrêtent pour moi et me déposent quelques dizaines de kilomètres plus loin dans une petite bourgade dans laquelle tout le monde me regarde avec des yeux qui disent : Mais qu’est-ce qu’il fait là celui-là ?? Ces regards interrogatifs se transforment rapidement en larges sourires et après quelques mots échangés l’un d’entre eux prend la décision de payer les nouilles que je suis en train de manger. Qu’ils me les aient payées  je m’en fiche, mais je suis tellement content de finalement rencontrer des Birmans qui ne sont pas intéressés par mon portefeuille mais sont simplement amicaux et avenants.

 

J’arrive finalement à Ye vers 15h et décide de m’y arrêter pour la nuit. J’ai le sentiment que la plage n’est pas loin et décide de m’y diriger avec encore toutes mes affaires sur le dos. C’est finalement après plus de 20 minutes sur de moto que j’arrive à la plage après avoir traversé plusieurs superbes villages de pêcheurs. La plage (sur laquelle je ferai un foot endiablé où je m’arrêterais juste avant que mort ne s’en suive) est quant à elle un véritable régal et les paysages qui m’avaient fait rêver sont enfin là. Dans mon imaginaire c’est à cela que ressemble les îles du sud de la Thaïlande ou de l’Indonésie, des monts « flottants» couverts d’arbres, qui plongent vers les plages de sable blanc et l’eau turquoise. En prime j’ai le droit au coucher du soleil. Après cette journée sur la route, les sourires magiques des locaux et ce petit bijou de paysage, j’ai enfin l’impression –après 3 semaines dans le pays – de commencer mon voyage en Birmanie. Le retour de la plage se fera avec un groupe de jeunes gens qui travaillent en Birmanie pour une ONG en vue des élections présidentielles qui se tiendront en avril. L’un d’entre eux (le plus expérimenté) me confie qu’il n’a pas beaucoup d’espoir de voir cette fois-ci encore des élections véritablement libres et honnêtes se produire. On ne sort pas du jour au lendemain de plus d’un demi-siècle de dictature. Je trouve une guest house où je loge pour 3$, de très loin la moins chère que j’ai trouvée en Birmanie, et la famille est charmante.

 

Quand je pars le lendemain et que j’explique au père de famille que je vais faire du stop, avant tout il comprend très bien ce que je fais (assez d’expérience avec les touristes j’imagine), et m’invite à monter avec l’un de ses boys sur une moto qui m’amène jusqu’à la sortie de la ville. De là je trouve quelques courts voyages tout en me faisant inviter ici et là pour un café ou un petit encas et finalement alors que je marche sur une route de montagne, musique dans les oreilles, profitant de cette liberté retrouvée, une voiture s’arrête et me demande où je vais. Ce père de famille et son fils vont bien plus loin que je n’aurai pu l’imaginer. Sur la route ils m’invitent au restaurant, s’arrêtent à Dawei pour le mariage d’un ami et finalement nous arrivons à 4h du matin à Myeik après 400km de piste en construction parcourus dans la journée et dans lesquelles on se sera même embourbé à cause des précipitations. Le père de famille m’invite à dormir chez lui et le lendemain matin je me vois offrir un un petit déjeuner du tonnerre concocté par la maîtresse de maison. Il m’invite à rester plus longtemps mais je ne sais dire s’il s’agit d’une politesse ou d’une invitation venant du cœur et je sens que ma présence n’enchante pas nécessairement sa femme. Je prends donc mes clics et mes clacs et m’en vais à la découverte de Myeik. Une rapide découverte, très rapide. Ne pouvant trouver à me loger pour moins de 23$ je décide de quitter les lieux en bateau (j’apprendrai plus tard la présence en ville d’une auberge pour 10$ et d’une autre pour 4$, mais c’est trop tard !).

 

J’arrive donc à Dawei que j’ai eu l’occasion d’apercevoir la veille avec la pause mariage. C’est là que je vais « enseigner » la photographie au côté des deux photographes Christophe et Nicolas. Une expérience très enrichissante, tant pour l’aide que j’apporterai aux birmans (même avec la barrière de la langue) que pour le temps passé avec Christophe et Nicolas à les observer développer les idées conduisant à la construction des petits documentaires photographiques. Outre la photographie en elle-même, c’est bien la photo qui m’aura amené à visiter Dawei et ses alentours, les maisons abandonnées ou la zone économique / port de commerce en « construction », emblème d’une Birmanie en proie au changement, à l’occidentalisation et à l’entrée dans un monde où la vie simple et le bon sens cède leur place à la finance et la spéculation.

 

Mais ces déambulations photographiques m’amèneront aussi à la découverte des nombreuses plages et des villages de pêcheurs de la péninsule. Ce séjour de 12 jours à Dawei me montrera encore une fois que cette manière de voyager à la vitesse d’un escargot est bien la seule manière de découvrir un lieu et ses habitants. Je comprends encore une fois encore pourquoi survoler des lieux en quatrième vitesse ne m’intéresse que très peu. Visiter moins pour découvrir davantage, c’est ainsi que je conçois le voyage et cette expérience birmane est là pour me le rappeler.

Péninsule de Dawei

 

Le 21 janvier je prends la direction de la Thaïlande en stop (mon visa est déjà expiré depuis 12 jours). L’entrée en Birmanie un mois et demi plus tôt m’avait donné le sentiment de pénétrer dans un nouveau monde et quand je remets les pieds en Thaïlande ce sentiment est encore plus fort. Les jeans remplacent les lungis et le rouge à lèvre le Tanaka. Les infrastructures Thaïs de grande qualité remplacent les pistes birmanes. Retour en « occident » !

 

24/01/2015

Avec mots-clefs , , , , , , , .Lien pour marque-pages : permalien.

3 réactions à Le Sud Birman, avec mon pouce et mon appareil

  1. Estelle a écrit:

    Bonjour,
    Merci pour tes articles! Je suis tombée sur ton site en essayant de me renseigner sur le Sud…en te lisant je vois que nous avons pu ressentir la même frustration…j’aimerais vraiment sortir des sentiers battus et parcourir les villes du sud du Myanmar jusqu’à Kawthoung ou je voudrais traverser la frontière pour retourner en Thaïlande.
    Mais j’ai du mal à trouver des infos..je ne sais pas si c’est possible..? Est-ce que tu pourrais me donner quelques infos sur les moyens de s’y rendre et les prix? Tu es retourné en Thaïlande par quelle frontière?
    Merci beaucoup par avance!
    Estelle

    • Boris a écrit:

      Bonjour Estelle,

      Pour rallier Kawthoung je crois que tu peux maintenant y aller en bus, depuis Mieyk ou depuis plus haut. Je ne connais pas précisément les prix mais c’est de l’ordre des prix de transports en Birmanie (genre 10$ depuis Mieyk j’