La Birmanie, pour de bon

 

Je ne sais pas pourquoi j’étais attiré par la Birmanie avant de m’y rendre, tout simplement car je n’en connaissais rien. Et pourtant une force quelconque m’y poussait.

 

C’était le seul pays que je voulais vraiment visiter en Asie du Sud Est. Je ne sais pas vraiment pourquoi non plus, car je n’en connaissais pas plus sur les autres pays de la région.

 

Je crois que cette « force quelconque »se résume à tout ce que j’en savais alors : un pays entre deux univers. Entre Inde et Asie. Entre tradition et modernité. Un pays qui s’ouvre depuis peu au reste du monde, un pays en plein changement.

 

Je suis tombé amoureux de la Birmanie à mon entrée sur le territoire à Myawaddy durant mes toutes premières heures birmanes, grâce à l’accueil et les sourires simples et francs des locaux puis grâce aux personnes que j’ai rencontré dès mon arrivée à Yangon le lendemain.

 

Mes pérégrinations dans le Nord du pays ont mis à dures épreuves ces premières impressions. On ne se ballade pas en Birmanie comme on le souhaite. Beaucoup de zones de conflits, de trafic d’armes et de drogue poussent les autorités à interdire ou restreindre l’accès à de nombreuses zones. Si bien que sans s’être bien renseigné à l’avance, les seules zones accessibles sont celles fréquentées par « tout le monde », et l’espoir que j’avais de découvrir « l’authentique » Myanmar en 28 jours s’est délité au fur et à mesure de l’avancement de mon périple.

Après le Nord et un retour dans l’ancienne capitale birmane pour dire au revoir à Janis et Estella qui m’avait hébergé lors de ma première visite à Yangon, je prends la route du sud. Beaucoup moins courue que le reste du pays à en croire les « on dit ». En effet ! Après Mawlamyine, j’arrive en stop à Ye et j’ai l’impression de revivre, de reprendre goût au voyage. Il en sera ainsi jusque la fin de ce premier séjour  Birman. Après quelques jours de ballade supplémentaire je prends racine à Dawei pour assister Christophe, Nicolas et Piy Kyaw dans la conduite de l’un des ateliers photographique du Yangon Photo Festival. Cela durera 10 jours et ces derniers sauront me convaincre de revenir pour assister au festival qui se déroule à Yangon quelques semaines plus tard.

 

Après quelques semaines entre Thaïlande et Cambodge me revoilà à Yangon. Re bonjour Janis et Estella… J’ai bien fait de revenir, le festival m’en apprend beaucoup sur le monde de la photo et dire que je m’y suis bien amusé pendant cette semaine serait un euphémisme. Il est tard le dernier soir du festival quand je vais dire au revoir à Christophe. Il souhaite en savoir un peu plus sur mes plans futurs. S’en suit une discussion d’une heure au cours de laquelle il finit par m’ouvrir les yeux sur moi-même, mon avenir et sur ce dont la Birmanie a besoin et a à offrir. Lundi matin je suis à la recherche du travail. Vendredi j’ai un rendez-vous avec l’entreprise qui me proposera un poste deux semaines plus tard. Ma principale inquiétude quant à travailler en Birmanie était d’ordre éthique, sur ce que je serai amené à y faire, et avec quelle finalité. Cette entreprise locale est la seule qui lors de mes recherches – et des entretiens par la suite – m’ai semblé satisfaire ces convictions idéologiques. Début de contrat : 1er juin 2015.

 

Cela me laisse alors plus de 2 mois pour m’installer et faire ce que bon me semble. Que me semble-t-il alors bon de faire ? Voyager encore ? Pas sûr. La photo me passionne depuis quelques années et j’ai appris à Dawei et durant ce festival que pour produire un véritable travail digne de ce nom, cela demandait du temps, de la recherche, de l’investigation. La manière dont j’ai voyagé durant ces deux années et de laquelle je suis maintenant un peu las aujourd’hui, ne me le permettait pas. C’est peut-être le moment de franchir le pas et de mettre à profit ces 2 mois pour pousser dans cette direction. Qui plus est la Birmanie est le terrain de jeu idéal pour ce faire.

Durant la semaine de festival déjà une idée m’était venue. Dépeindre le changement dont la Birmanie est le sujet. L’un de ces changements qui affecte de plus en plus le quotidien des habitants de Yangon est le trafic. En effet les taxes démesurément élevées avant 2011 sur l’importation de voitures, ne permettait qu’à une petite élite de faire l’acquisition d’un véhicule personnel. Depuis, la classe moyenne aussi a les moyens de se payer ce luxe et le trafic a considérablement augmenter faisant passer en 3 ans la circulation de Yangon d’extrêmement fluide à extrêmement encombrée. Voici en quelques images la manière dont je souhaite l’illustrer, le projet est toujours en cours.

 

Dernier soir de ce festival je parle de cette idée à une certaine Haseenah, singapourienne fascinée par le changement que connait la Birmanie. Elle est en train d’ouvrir une agence de news à Yangon qui se veut focaliser sur la Birmanie et plus encore sur la transition en cours du pays. Je la recroise par hasard 2 semaine plus tard dans la rue et le lendemain elle me propose un job pour quelques semaines. Mon travail : créer quelques galeries photos avec mes photos et celles de photographes birmans. Ces galeries se veulent informatives mais plus encore une expression en images d’un pays en transition. Ce sera pour moi l’occasion de rencontrer beaucoup de photographes locaux, de m’intéresser de plus près à la culture de mon nouveau pays d’adoption, et de mieux comprendre le fonctionnement et la mentalité local.

Et comme si tout cela ne s’arrangeait pas assez bien, ayant pris la décision de travailler sur un projet photographique autour de la construction d’une « Special Economic Zone » à Dawei (DSEZ), je me mets en quête d’informations sur le sujet et contacte une certaine Wai Wai Lwin. Elle a créé un évènement sur Facebook concernant la publication d’un livre à ce sujet en Novembre 2014. Elle accepte de me rencontrer et quelques jours plus tard nous décidons de travailler ensemble. Je retourne fin avril à Dawei pour construire une histoire en photos  sur les habitants laissés sans information sur le projet DSEZ, déplacés de force et mal ou non compensés, qui ont perdu ou vont perdre leur terre et par là même leur source de revenue. Une exposition sera organisée à Yangon mi-juin, puis migrera à Dawei et Nay Pyi Taw, ces photos devraient faire partie de l’exposition.

 

Clou du spectacle. Le mois d’Avril en Birmanie est synonyme de Thingyan (Water Festival). C’est le nouvel an local. Une semaine entière durant laquelle le pays entier s’arrête de fonctionner. Certains choisissent de s’enfermer chez eux. D’autres en profitent pour quitter le pays. Et les derniers descendent dans la rue et font la fête pendant une semaine. Semaine de fête qui atteint son apogée le dernier jour, le 16 avril, jour de mon anniversaire !

 

M’enracinant en Birmanie pour une durée indéterminée, cela sera surement mon dernier post pour un moment. Vous pouvez toujours suivre mes photos sur ma page facebook et mon site.

 

A bientôt.

10/04/2015
Boris Le Montagner

 

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3 réactions à La Birmanie, pour de bon

  1. Elodie et Jéjé a écrit:

    Superbes photos ! Profite bien de ta nouvelle vie alors. Plein de bonheur à toi.
    PS : tu reviens pour le mariage ?

  2. hélène a écrit:

    16 avril … comme une intuition ….. Bon anniversaire !!!!
    Et bien contente d’avoir eu ces dernières nouvelles … on pense bien à toi ici et je t’embrasse!

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